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Les Pyrénées : récit d'un fiasco annoncé

6 juillet 2026

Vous connaissez ces projets qu'on imagine pendant des semaines ?

Ceux où tout semble parfait dans notre tête.

Puis arrive le moment où la réalité décide de participer.

Cette randonnée dans les Pyrénées en fait partie.

C'est l'histoire de deux Nordistes qui ont mis 6 mois à préparer un projet de montagne mais qui ont découvert que la montagne n'avait pas du tout signé le même contrat qu'eux.

J'ai mis effectivement 6 mois à préparer cette rando.

Et pour cause, il fallait qu'elle coche un certain nombre de critères.

Pas trop loin en voiture de chez mes parents qui habitent le Gers.

Comprenant un sommet de 3000 m.

Avec des lacs.

Avec de l'eau sur le parcours.

Avec un beau spot pour bivouaquer.

Et avec une difficulté moyenne pour un premier 3000.

A faire sur 2 jours.

J'ai presque réussi à cocher toutes les cases !

Et 6 mois, c'était aussi pour la préparation physique.

Parce que oui dans le Nord, c'est compliqué de travailler le dénivelé.

Vélo elliptique, natation, marche de 10 à 15 km avec des sacs lestés de 10kg... On était à fond.

Et on était persuadés d'être bien préparés. Je dis bien persuadés.

Je me renseigne sur le matériel à avoir pour une randonnée de ce style et pendant plusieurs mois, Vinted et Le bon coin sont devenus les sites les plus consultés de mon téléphone.

J'arrive à me procurer des sacs de rando, des bâtons, une tente de bivouac, des sacs de couchage prévu pour 0 degrés, un réchaud.

On nous prête des matelas de bivouac, on achète des plats lyophilisés (j'étais d'ailleurs en folie d'avoir trouvé des pâtes à la truffe !).

J'étudie le parcours à la perfection pour être sûre de mon coup une fois sur le terrain.

Je dis à Monsieur de faire de même, histoire de ne pas compter QUE sur mon sens de l'orientation légendaire en cas de perdition,

et de ne pas entendre "et maintenant c'est par où ?" Tout du long.

Il me répond le fameux "oui, oui" masculin.

Pas besoin d'en dire plus.

Bref nous pensons être prêts.

Fin août, nous arrivons chez mes parents pour une semaine.

C'est dans ce labs de temps que nous espérons avoir une fenêtre météo favorable de 2 jours et c'est déjà mal barré vu les prévisions.

En ayant eu la poisse niveau météo pendant 10 ans, ça ne m'étonne même pas.

Finalement on tente un départ le 5eme jour. Vendredi.

Départ 7h du matin pour 3h de route (j'ai dis que j'avais PRESQUE coché toutes les cases).

Arrivée 10h au parking.

On est excités de démarrer cette rando.

Bon certe, le sac est... Un peu plus lourd que prévu.

11 kg chacun au lieu de 8kg et 10kg.

Franchement je ne sais pas comment on a fait.

Pourtant je n'ai pris ni maquillage ni brosse à cheveux.

On démarre.

Terrain assez plat les premiers 500 m, le paysage est sympa. On se met dedans.

Et là, d'un coup ça monte.

Ah non. Ça monte vraiment.

Pas une petite montée progressive non, la montée qui te met direct dans le concret.

Sauf que c'est resté comme ça.

Alors vous allez me dire que ça monte forcément pour aller jusqu'à 3000, mais bon j'ai suffisamment marché en montagne pour savoir que parfois il y a des zones plus plates entre deux.

Mais pas là. Là, le plat était inexistant.

Le topo c'était d'atteindre un refuge au bord d'un lac en 3h, de pic niquer là, et de repartir pour 2h de marche pour atteindre notre point de bivouac à 2500 m, lui aussi au bord d'un lac.

Le lieu de bivouac nécessitait qu'on arrive tôt car peu d'emplacements disponibles.

Spoiler : on a mis 5h pour atteindre le refuge. On a finit par pic niquer entre deux rochers. On est arrivés au refuge et son magnifique lac ça oui. Qu'on a regardé 15 min avant de repartir puisqu'on était clairement à la bourre.

Déjà là, on était au bout de notre vie.

Ce qu'on se savait pas, c'était que c'était la partie la plus facile.

La partie entre le refuge et le lieu de bivouac était exceptionnellement belle, mais je ne m'en souviens pas trop.

Je me souviens surtout du côté exceptionnellement dur.

On sent qu'on arrive à une autre altitude.

Chemin rocailleux, très raides.

Je ne parlerai pas du passage où monsieur a du redescendre me chercher quand j'étais en crise de panique agrippée aux rochers, avec mon sac d'une tonne sur le dos et un vertige de dingue en regardant en bas.

C'est là que j'ai commencé à me dire "j'ai peut être sous estimé la difficulté du truc".

18h. On arrive au lieu de bivouac avec 2h de retard.

3 emplacements disponibles, deux sont pris.

Ouf il en reste un.

Mais si c'était si facile, ça se saurait !

Évidemment que la tente est trop grande pour l'emplacement restant. Évidemment qu'on doit chercher un autre endroit et évidemment que le seul endroit sans rochers ni cailloux et complètement en pente.

On a juste eu l'impression de s'entraîner pour le décor penché de l'émission "vendredi tout est permis".

J'avais passé tellement de temps à imaginer cette soirée en montagne...

Tranquillement installés au soleil au bord du lac.

Des bonnes pâtes à la truffe lyophilisés, une petite série tranquille, et observer les étoiles en bonus.

La réalité :

Il est 19h quand on finit de monter la tente.

Plus de soleil. On est à 2500m, il caille.

J'ai cherché le goût de la truffe dans les pâtes je ne l'ai jamais trouvé.

On est trop fatigués pour regarder une série. 21h on dort.

Enfin on essaye.

La nuit en montagne, on en parle ?

Moi j'ai prévu le coup, j'ai pris des boules quiès.

Je dors plus ou moins bien même penchée. Je n'entend pas le vent.

Monsieur lui. Nuit blanche.

A 6h du matin il me dit "j'ai pas dormi je ne vais pas savoir continuer, je suis trop fatigué".

Mes pensées à ce moment là:

" Ça fait biiiiiip d'arrêter, mais finir la rando en ayant pas dormi est ce que ce n'est pas inconscient ?"

Et.

"Ça fait biiiiiip d'arrêter, est ce qu'il ne peut pas quand même continuer et on voit ?"

On décide finalement de tenter.

7h on démarre. Pas de café, on se dit qu'on profitera d'une pause au soleil plus haut pour s'en faire un devant une jolie vue.

8h. Grand soleil. On commence à entrevoir le fameux Pic d'Estat, notre pic.

Ceux qui ont bivouaqué au sommet et qui eux descendent nous souhaitent de bien profiter de la vue exceptionnelle vue d'en haut.

9h. Le ciel se couvre.

9h30. On ne voit plus rien à quelques mètres devant nous. Il y a un vent de malade. (Du coup, c'est mort pour le café)

On hésite même à gravir les derniers mètres qui ressemblent plus à de l'escalade qu'à de la marche.

Mais je ne veux pas lâcher. Pas maintenant. Pas aussi proche.

Finalement, on est rassurés par les autres randonneurs, on se lance.

C'est à ce moment là que je vois mon sac de couchage se faire la malle. Il a choisi son moment... Heureusement, quelqu'un le rattrape plus bas.

10h. On arrive au sommet avec une heure de retard.

Et là à 3000 mètres on réalise que...

On ne voit rien. Le brouillard complet. Et il caille.

On fait une ou deux photos. Et on repart.

Tout ça pour ça mais bon on l'a fait. On est contents.

Maintenant la descente.

On a 2000 mètres à descendre sur la journée.

J'avais prévu d'arriver à la voiture à 16h. Arrivée chez mes parents 19h.

En soit on est un peu en retard mais dans ma tête : descente = plus vite et plus simple que l'aller.

Et là encore une fois, la réalité s'est invitée.

Ce fut le cauchemar.

Au bout d'une heure ou deux on se perd. Plus moyen de retrouver le balisage et évidemment on est tous seuls.

On perd 30 min.

On sait qu'ils annoncent des orages vers 18h.

On se dit qu'on ne doit pas trainer. Les orages en montagne ça ne rigole pas.

On repasse devant le refuge et son magnifique lac. Toujours pas le temps de s'arrêter on est à la bourre.

14h. J'arrive à trouver un peu de réseau. Message à mes parents "on arrivera plutôt à 20h".

15h. Deuxième message "finalement, ne nous attendez pas pour manger on arrivera plutôt vers 21h."

15h30. On est encore perdus. Le ciel s'assombrit de plus en plus.

On est à bout physiquement. Clairement la montée jusqu'au sommet + la descente raide avec 11kg sur le dos c'est juste l'enfer.

Du coup, c'est le moment parfait pour une bonne dispute de couple.

Moi je me met à pleurer parce que je commence à paniquer de ne pas retrouver le chemin. L'orage qui arrive. La fatigue. Monsieur qui ne dit rien (parce qu'il n'a absolument aucune idée de l'itinéraire et parce que les hommes ne savent jamais quoi dire à une femme en colère).

En fait, je me dispute toute seule serait plus exact.

16h. Je retrouve le chemin. Ouf. Mais on est clairement très loin de la voiture.

16h30. J'appelle mes parents. "En fait je n'ai aucune idée de l'heure à laquelle on va rentrer. On en peut plus."

19h. On a arrive ENFIN à la voiture, sous la pluie.

Je crois que je n'ai jamais été aussi heureuse de voir ma voiture.

J'ai l'impression de revenir d'un crash aérien et de revoir la civilisation.

22h. On arrive chez mes parents dans un état de fatigue qui les a bien fait rire.

Le lendemain, on ne sait plus descendre les escaliers, ni marcher à une vitesse normale à cause des courbatures. (Je n'exagère vraiment pas.)

La suite des vacances ressemblent à deux petits vieux avec leurs déambulateurs.

Fin de l'histoire.

Avec le recul, cette randonnée a été la plus difficile que j'ai faite.

Sur le moment, j'ai juré plusieurs fois que je ne recommencerais jamais.

Et pourtant, quelques semaines plus tard, je regardais déjà d'autres itinéraires.

C'est ça qui est étrange avec la montagne.

On oublie les courbatures. On oublie les sacs trop lourds. On oublie les disputes. On oublie même le brouillard au sommet.

Et il ne reste finalement que l'aventure.

Même quand elle a été complètement catastrophique.

Aujourd'hui, quand je suis face à un obstacle ou à une difficulté, je repense souvent à cette randonnée.

Et je me dis :

"Ça, c'était pire. Et je l'ai fait."

Alors je peux faire le reste aussi.

Ça donne une force mentale incroyable.

Ça nous apprend beaucoup sur nous-mêmes, mais aussi sur l'autre.

Ça nous montre qu'on ne gère pas toujours les difficultés de la même manière. Que parfois on ne se comprend pas. Que parfois on s'agace.

Mais que ça n'empêche pas d'avancer.

Ni de traverser les galères ensemble.

Ceci dit, nous avons déjà prévu une autre randonnée bivouac cet été, en Auvergne.

Les volcans, c'est moins haut.

Enfin... normalement.

Et vous, une anecdote rando à partager ? Lâchez vous.

Commentaires

  1. Isabelle Baron

    Merci pour ton histoire Graziella. Ça m'a bien fait rire, c'était trop drôle, enfin pour moi pas pour vous 😅 En tout cas félicitations à vous deux d'y être parvenus 🥰

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