Pensées profondesMon pilier
27 juillet 2026
Ça fait des semaines que je pense à écrire un article sur le deuil animal.
Parce que j'en traverse un.
Parce que je trouve qu'on n'en parle pas assez.
Parce qu'entendre : « Tu vas en reprendre un ? » deux jours après avoir perdu le chien en question, ce n'est tout simplement pas entendable, à mes yeux.
Parce que, pour moi, un animal vaut autant qu'une vie humaine. Qu'on soit d'accord ou non, peu importe.
Et puis finalement, j'ai changé d'avis.
Je me suis dit que le plus bel hommage serait encore de parler de cette relation si particulière que j'ai eu la chance de connaître.
Mais aussi, malheureusement, du désarroi de la voir s'arrêter.
Je parle bien sûr de Chips.
Alias Chipo, Chipounette, Chipolata, Chipsouille.
Je suis allée chercher Chips en Auvergne en 2014.
Je ne le savais pas encore, mais j'allais vivre la plus belle aventure de ma vie.
Pendant douze ans, elle a été mon binôme pour absolument tout.
Là où j'étais, elle était.
Et je me retrouvais dans chacune de ses facettes.
Elle était fofolle. Comme moi.
Elle aimait énormément le contact humain. Comme moi.
Elle aimait profiter de la vie. Comme moi.
Elle était gourmande. Comme moi.
Elle était possessive et un peu jalouse. Comme moi.
Elle réclamait beaucoup d'attention. Comme moi.
Et quand elle aboyait, elle cassait les oreilles de tout le monde.
Bon... ça aussi, c'était un peu comme moi, je dois l'avouer.
J'avais parfois l'impression d'avoir mon double à quatre pattes.
Elle a été là pour beaucoup de moments heureux.
Mais aussi pour les pires.
Elle a traversé avec moi chaque rupture amoureuse.
Le départ de mes parents à 1 000 kilomètres.
Les galères professionnelles.
Les mauvaises journées.
Elle essuyait chacune de mes larmes avec sa petite langue.
Et même si, parfois, j'aurais aimé qu'elle se pose simplement contre moi, elle n'était pas capable de tenir en place.
C'était sa façon à elle de me faire sourire.
Avec sa petite tête toute heureuse qui ne pensait qu'à une chose : jouer.
Elle était partante pour chaque aventure.
Chaque balade.
Chaque vacances.
Chaque trajet en voiture.
J'ai vécu seule avec Chips pendant six ans.
Et je crois que c'est ce qui fait qu'elle n'a jamais été « juste un chien ».
Elle a été un véritable pilier.
Mais je n'ai réellement compris l'importance qu'elle avait dans ma vie que le 23 janvier 2026.
Le jour où j'ai dû prendre la pire décision de toute ma vie.
Celle d'éteindre la vie de l'être qui m'était le plus cher.
J'ai eu trois jours pour me préparer à ce moment.
Et aujourd'hui, je remercie presque l'univers de me les avoir donnés.
Trois jours pour lui dire au revoir.
Même si, au fond, on n'est jamais prêt.
Je savais.
Elle savait.
Nous le savions toutes les deux.
Mais laisser son corps dans la salle de consultation...
Repartir avec son collier dans les mains, alors que trente minutes plus tôt, je jouais encore à la balle avec elle...
Puis rentrer à la maison.
Dans le silence.
Ça, ça a été le plus difficile.
Le silence.
Parce qu'on ne s'en rend pas compte, mais un chien crée une ambiance sonore.
Le bruit de ses pattes.
Le tintement de son collier.
Les petits grattements.
Les étirements en se levant.
Tous ces petits sons auxquels on ne prête jamais attention...
Jusqu'au jour où ils disparaissent.
J'ai mis plusieurs jours avant d'arrêter de pleurer constamment.
J'ai mis des semaines avant de cesser d'avoir cette étrange impression qu'elle était simplement partie quelque part.
Et qu'elle allait finir par revenir.
Chaque habitude est devenue une épreuve.
Chaque lieu aussi.
Et encore aujourd'hui, je redoute le premier départ en vacances sans elle.
Et c'est à cette date là aussi que j'ai vraiment compris ce qu'elle représentait dans ma vie.
Une sorte de béquille émotionnelle.
Pas parce qu'elle réglait tous mes problèmes.
Mais parce qu'elle les rendait plus supportables.
Pas parce qu'elle m'aimait comme un humain.
Mais parce qu'avec elle, je ne doutais jamais de la place que j'avais.
Je me sentais importante.
Acceptée pleinement pour qui j'étais.
Comprise, sans avoir besoin de tout expliquer.
Aimée, sans remettre cet amour en question.
Et je recevais de l'attention sans avoir à la réclamer.
Je sais que ça peut être difficile à comprendre.
Mais c'était notre relation.
Et je crois que je n'en ai pris conscience qu'une fois qu'elle n'a plus été là.
Depuis son départ, je dois réapprendre à faire seule tout ce qu'elle faisait sans même que je m'en aperçoive.
Me consoler autrement.
Sortir, même quand je n'en ai pas envie.
Apaiser mes angoisses autrement.
Accepter le silence.
Accepter aussi de ne plus avoir, à chaque instant, quelqu'un de toujours partant pour partager ce qui me rend heureuse.
Et sept mois après son départ, je travaille encore sur ce chamboulement.
Parce que quand on a vécu douze années avec une présence aussi quotidienne, on ne réapprend pas à vivre du jour au lendemain.
Le départ de Chips m'a aussi fait comprendre quelque chose sur moi.
J'ai compris à quel point j'avais besoin de démonstrations d'affection, de présence, de petites attentions.
Ces petites choses qui, pour certains, semblent anodines... mais qui, pour moi, ont toujours eu énormément d'importance.
Je crois que j'ai dû souvent m'adapter à la façon d'être des autres.
Et accepter que certaines personnes montrent leur affection différemment.
Sans toujours oser dire que, moi aussi, j'avais parfois besoin qu'on me rejoigne dans ma manière d'aimer.
C'est aussi pour ça que son absence est si difficile.
Parce qu'en plus de perdre mon chien, j'ai perdu une relation dans laquelle je ne doutais jamais de ma place.
Depuis, j'ai repris une chienne.
L'exact opposé de Chips.
J'apprends doucement à construire une nouvelle relation.
Différente.
Unique.
Et aujourd'hui, même si mon deuil n'est pas terminé, quelque chose a changé.
Je ne suis plus en colère contre l'univers de me l'avoir enlevée.
Je ne suis plus en colère contre Chips de m'avoir laissée.
Je ne suis plus seulement triste de son absence.
Je suis profondément reconnaissante de l'avoir eue dans ma vie.
L'idée de ne jamais la revoir me serre encore le cœur.
Mais la gratitude d'avoir partagé douze années à ses côtés est devenue plus forte que cette douleur.
Et puis, j'ai rouvert mon cœur à un autre chien.
À une chienne qui, elle, ne savait pas ce que c'était d'être aimée.
De manger à sa faim.
D'avoir des caresses.
De pouvoir compter sur un humain.
Elle s'appelle Leïka. Je ne l'ai rencontrée qu'en photo. Puis un jour, après près de 4 000 kilomètres depuis le Liban, elle est arrivée à la maison.
Et je me plais à penser que, quelque part, c'est peut-être le plus bel héritage que Chips pouvait me laisser.
Alors ma Chips, mon petit ange gardien, ma petite étoile. J'espère que tu es heureuse là haut.
Merci pour tout. Je ne t'oublierai jamais.
Et comme le dit si bien la citation "Tu n'es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis."
Commentaires
- Ma tante
Je te comprends tout à fait. C'est exactement ce que je ressens dans ma relation avec Hatchi 🥰 Je redoue le moment où je devrai m'en séparer 😒
